La chronique de théâtre de Philippe Tesson.– le 4 décembre 1999 –
UN BEAU DE PROFUNDIS
On n’a de goût immodéré ni pour le théâtre-prétoire ni pour le théâtre-document. L’un et l’autre sont par définition démonstratifs et banals. Outrage aux mœurs participe de ces deux genres à la fois. Nous partions prévenus. La surprise est particulièrement heureuse, la réussite totale : à l’intérêt s’ajoute l’émotion.
(…) L’auteur reconstruit ou plutôt réinvente les trois procès qui provoquèrent la chute de Wilde, cette longue et abominable descente aux enfers, ce calvaire voulu et subi par Wilde. Il le fait sous la forme d’une étrange polyphonie à laquelle participe non seulement les acteurs du drame – le poète, son amant, ses juges, son avocat, ses gigolos réunis dans le prétoire – mais aussi l’opinion publique. L’originalité de l’œuvre est en effet dans l’intervention permanente, en contrepoint des débats judiciaires et par la bouche de quatre narrateurs qui sont le chœur, des témois de « l’affaire Wilde ».
(…) La théâtralité est dans ce chant croisé entre l’image du Mal, telle que la dessinent la justice des hommes et la convention sociale, et l’idéal du Beau tel que le revendique Wilde. Cet affrontement, maîtrisé avec beaucoup de subtilité par l’auteur, crée, surtout dans la seconde partie de la pièce, une authentique tension dramatique.
(…) Une œuvre remarquablement construite, un fort message d’intelligence et de liberté, un document passionnant, une très belle adaptation de Jean-Marie Besset, et une troupe convaincante et homogène.
Tout cela fait le plus bel hommage que l’on ait jamais rendu à Oscar Wilde.
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