REVIEW: Graham Greene once suggested that the perfect film showed life as it's lived. On this premise, José Luis Guerin's working of his 2007 featurette has produced a masterly treatise on insular existence in an age of voyeurism and surveillance.
REVIEW: Graham Greene once suggested that the perfect film showed life as it's lived. On this premise, José Luis Guerin's working of his 2007 featurette has produced a masterly treatise on insular existence in an age of voyeurism and surveillance.
Julio FEO invite Jose Luis Guerin et Xavier Lafitte pour son émission culturelle espagnole à l'occasion de la sortie de "Dans la ville de Sylvia".
Retrouvez l'intégralité de l'interview en direct sur RFI CLCIK HERE
BARCELONE-STRASBOURG EXPRESS
article de Mathilde Blottière
(...)
Au gré des variations de son guide, le spectateur regarde vivre la cité. Il ne sagit pas seulement de voir: solitaire, le rêveur ne dit rien, mais entend tout. Autour de lui, mumures, éclats de voix, bruits de fond donnent l'impression que la ville parle toutes les langues.
Dans le reflet d'une fenêtre, la vitre d'un tramway, les scénes de rue gorgées de détails se démultiplient jusqu'au vertige. Film sensuel et contemplatif, Dans la Ville de Sylvia propose une expérience esthétique revigorante, où l'important n'est pas de discerner la réalité de la fiction, mais de savoir prendre son temps.

"Parfait analyste de la chose urbaine, Guerin révèle la grâce animale des humains"
Les Inrockuptibles, article de Vincent Ostria. Numéro 667, 9 septembre 2008.
Dans la Ville de Sylvia est un continuum, une oeuvre limpide et linéaire, un jeu de l'oie excentrique et labyrinthique à travers la capitale alsacienne, où le héros sans nom suit très longuement une étudiante espagnole qu'il prend pour Syvie (il n'est curieusement pas question de Sylvia), jeune fille qu'il a rencontrée il y a quelques années.
La plus belle partie du film, la plus excitante est cette filature hitchcockienne pleine de suspense, de faux-semblants et de rebondissements. Elle rapelle des séquences célèbres de Vertigo et de son clone postmoderne Body Double, en faisant ressortir la dimension sensuelle et animale de la traque amoureuse d'une femme par un homme. La plus-value de Dans la ville de Sylvia réside dans ce filmage à fleur de peaux et de visages qui, au-delà du cadre urbain omniprésent et structurant, fait éclater la beauté (...)
LE MONDE, daté du mercredi 10 septembre 2008, article de Jacques Mandelbaum.
Inconnu en France ou presque: José Luis Guerin, Catalan de 48 ans, cinéaste depuis 23 ans, dont on découvre avec bonheur les deux derniers films. Une fiction (Dans la Ville de Sylvia, 2007) et un documentaire (En construccion, 2001) que relient la passion de la ville, de la dérive poétique, de la méditation sur la manière dont le temps sédimente dans l'espace.
Présenté en 2007 à la Mostra de Venise, Dans la Ville de Sylvia évoque en trois tableaux l'errance d'un jeune homme à Strasbourg, à la recherche d'une fille prénomée Sylvia, qu'il a croisée quelques années auparavant.
Un carnet d'esquisses et un plan de la ville sous le bras, le jeune dandy se poste d'abord à la terrasse du café du conservatoire de théâtre de la ville et y observe le spectacle des jeunes femmes qui y éclosent aux beaux jours. D'un visage à l'autre, d'une nuque entre aperçue à un regard croisé, d'un rire cristallin à un brutal bruit de verre, c'est autant de chavirements aléatoires qui s'offrent à sa contemplation.
Le manège dure jusqu'à ce que l'oeil se fixe sur un visage qu'il semble reconnaître. Celui d'une brune élancée, qu'on croit échappée d'un monde idéal. Sa vue annonce le deuxième acte. Il la suit.
Longuement. Méthodiquement. A travers les ruelles du vieux Strasbourg, elle le fait tourner en rond, s'arrimer à sa silouhette comme une âme en peine. Rejointe dans le tramway, leurs deux corps immobiles détachés sur la ville qui défile, elle lui dit comme toutes les filles, qu'elle n'est pas celle qu'il croit.
Au troisième tableau, l'inconsolable rêveur finit son séjour dans la capitale de l'utopie européenneau même bar les Aviateurs où il a croisé six ans pplus tôt Sylvia. Traînent là quelques grâces gothiques, une fille qui lui bat froid, une autre qui le lendemain matin, se lèvera comme une ombre de son lit. Don't forget the Nite, des Rita Mitsouko, entendus quelques plans plus tôt, trotte encore dans la tête du spectateur, sorte de manifeste romantique du film envoûtant qu'il vient de voir.
Quasiment dépourvu de dialogue, doté d'une bande-son travaillée par l'imaginaire posant les prémisses d'une intrigue qui s'évapore, avec des personnages qui ont l'évanescence des fantômes, Dans la Ville de Sylvia est pourtant tout sauf une abstraction. Plutôt une méditation sur la manière dont le regard entremêle notre subjectivité à la matérialité des choses.
Avec l'oeil-caméra de son personnage, Guerin suggère que percevoir, c'est à la fois embrasser le monde et accepter de s'y perdre.
PUISSANCE FICTIONNELLE
On pense, sous le signe électif de l'illusion et de la rêverie, à Hitchcock (Vertigo), Bresson (Quatre nuits d'un rêveur), à tout le cinémade Jean-Daniel Pollet, plus loin encore à Baudelaire (A une passante) ou Nerval (Les filles du feu).
Dans la ville de Sylvia s'adresse plus simplement à tous ceux qui aiment marcher dans les villes, s'abandonner aux terrasses des cafés, suivre une fille dans la rue, se perdre à sa suitedans leurs pensées. Cela doit faire pas mal de gens.
Photo Eloi Sanchez Moli. Copyright 2006.
Cahiers du Cinéma, septembre 2008. Article de Jean-Michel Frodon.

C'est un peu comme un film, la nuit, quand les phares d'une voiture qui passe dans la rue font bouger au plafond les ombres des motifs du rideau. Dans la ville de Sylvia commence là, avec cet instant banal et à demi-éveillé, entre petite magie et effets matériels très concrets. La suite sera sous ces signes apparemment contradictoires. Dans la chambre il y a unjeune homme, plutôt une épure de jeune homme, presque une figure de style - "le" jeune homme, comme dans la poésie classique on disait "le poète". Le lendemain matin, il écrit dans un carnet, écrit-il ce que nous verrons? Le film sera-t-il la mise en image de son récit ou de son poème, peut-être nés de la rêverie nocturne? On va bien voir, mais surtout on va le voir lui, et le regarder voir.
José Luis Guerin filme comme un pêcheur, il attend immobile, laisse dériver sa caméra au fil des événements du quotidien, et d'un geste ferme et rapide relève sa ligne.
Un coup d'essai le premier jour à la terrasse du café du Théâtre National de Strasbourg. Le jeune homme est attablé, il regarde une femme assise un peu plus loin, le temps glisse, première énigme d'un visage inconnu, crac! La ligne casse - avec la tasse du café crème. Deuxième jour, le même café, la même terrasse, le garçon est là à nouveau. C'est l'été. C'est un jour comme cela arrive (surtout en été) où il semble que la beauté est également partagée, où tout à l'air plus léger, où on ne croise que des jolies femmes, où des regards et des sourires paraissent jaillir de tous côtés. Sauf que là c'est dans un film bien sûr, on voit très bien que ces personnes charmantes ont été choisies et installées à cette terrasse par le réalisateur, ce n'est pas un problème, au contraire.
Outre qu'on est à la terrasse du Conservatoire de Strasbourg - quoi de plus logique que d'y voir de jeunes actrices gracieuses, et que le beau temps met en valeur? - l'artifice conforte le sentiment d'un jeu, d'une mise en scène, mais chacun en pratique parfois pour lui-même, par exemple lorsuqe, désoeuvré à une terrasse de bistrot, il se laisse aller à trnasformer en scène de fictions possibles, rêveries érotiques, dramatiques ou comiques, ce qui s'offre involontairement à sa vue mais qui, pour l'observateur, se transforme en spectacle.
José Luis Guerin "vient du documentaire", comme on dit couramment. Pour une fois l'expression usuelle est judicieuse, son premier film de fiction "vient", au pied de la lettre, du documentaire, et notamment En construccion qui sort en France simultanément. Guerin "part" de la ville, ici Strasbourg, de ses ruelles et des gens qu'on y croise. Il choisit de faire du lieu un décor, et des habitants des personnages potentiels. Ce mouvement vers la fiction tient à presque rien. Il suffit de cadrer deux visages de clients de bistrot, assis à des tables différentes mais que la prise de vue réunit, et voici une petite proposition, une hypothèse d'idylle, ou de dispute. Un silence qui dure un peu trop entre un homme et une femme, et voici un possible drame, ou est-ce le contraire? Le jeune homme dessine dans son carnet, il n'écrit plus, il croque des profils de femmes, un mouvement de cheveux, tout peut arriver, tout peut apparaître.
(...)
Le garçon a continué son chemin, la ville est plus habitée pour lui. Posté à un arrêt de tramway où les visages et les corps apparaissent et s'évanouissent, où les reflets glissent les uns sur les autres dans les mouvements du transport en commun, les mobilités du soleil et de l'ombre, les effets spéciaux du quotidien, il se fait un film. Avec le monde.
Photos de Eloi Sanchez Moli - Copyright 2006.
Lisez l'article dans son intégralité (pages 22, 23 et 24)
- Extraits de presse – Saison 2005 –
« Impressionnant… Un bonheur »
Le Figaro
« Daniel Colas formidable, Yvan Varco, très maître de son talent, Coralie Audret, une autorité remarquable, une voix, une présence, une beauté, une justesse, de l’émotion. »
Armelle Heliot
« La mise en scène est rigoureuse. Les interprètes sont profonds, puissants… Une révélation heureuse »
Le Quotidien du Médecin
« Coralie Audret éblouit, illumine la scène. Certaines pièces ne se loupent sous aucun prétexte… Courez au Petit-Hébertot ! »
Sortiz
« Le chœur des spectateurs est littéralement aspiré par la fougue et la passion, jusqu’à fascination… »
Theotea.com
« Tout simplement un Chef d’œuvre ou se mêlent précisions historiques et réflxions philosophiques. Les acteurs sont magnifiques. »
Tthéatreonline.com
« Un très beau texte. Une immersion dans le passé qui nous donne à réfléchir sur le présent. »
Pariscope
« La langue de cette pièce est belle et sonore… Toutes les facettes de l’humanité. »
France Catholique
« Cette pièce et ses interprètes nous introduisent deans les circonvolutions des consciences… Un régal. »
Yan Forbes. L.U.
La chronique de théâtre de Philippe Tesson.– le 4 décembre 1999 –
UN BEAU DE PROFUNDIS
On n’a de goût immodéré ni pour le théâtre-prétoire ni pour le théâtre-document. L’un et l’autre sont par définition démonstratifs et banals. Outrage aux mœurs participe de ces deux genres à la fois. Nous partions prévenus. La surprise est particulièrement heureuse, la réussite totale : à l’intérêt s’ajoute l’émotion.
(…) L’auteur reconstruit ou plutôt réinvente les trois procès qui provoquèrent la chute de Wilde, cette longue et abominable descente aux enfers, ce calvaire voulu et subi par Wilde. Il le fait sous la forme d’une étrange polyphonie à laquelle participe non seulement les acteurs du drame – le poète, son amant, ses juges, son avocat, ses gigolos réunis dans le prétoire – mais aussi l’opinion publique. L’originalité de l’œuvre est en effet dans l’intervention permanente, en contrepoint des débats judiciaires et par la bouche de quatre narrateurs qui sont le chœur, des témois de « l’affaire Wilde ».
(…) La théâtralité est dans ce chant croisé entre l’image du Mal, telle que la dessinent la justice des hommes et la convention sociale, et l’idéal du Beau tel que le revendique Wilde. Cet affrontement, maîtrisé avec beaucoup de subtilité par l’auteur, crée, surtout dans la seconde partie de la pièce, une authentique tension dramatique.
(…) Une œuvre remarquablement construite, un fort message d’intelligence et de liberté, un document passionnant, une très belle adaptation de Jean-Marie Besset, et une troupe convaincante et homogène.
Tout cela fait le plus bel hommage que l’on ait jamais rendu à Oscar Wilde.
Reprise à l’Espace Pierre Cardin – mars 2000 -
VOUS AVEZ DIT IMMORAL?
Il y a un siècle, Oscar Wilde mourait à l’âge de 46 ans, laminé par deux ans de travaux forcés pour homosexualité. Aujourd’hui, à l’heure du centième anniversaire de sa mort, le public est invité aux procès de ce martyr de la littérature (l’auteur de langue anglaise le plus lu à partir de 1920), accusé de « poser au sodomite ».
Subtilement adapté par JM Besset, (…) les mots fusent tout en sourdes décharges dans les suberbes scènes entremêlant extraits de presse, de biographies, de témoignages, donnant la parole à tous, des accusateurs aux accusés. Emmanuel Dechartre dans le rôle de l’écrivain « corruptible et dangereux », instille à ce documentaire judiciaire dramatique toute son humanité, épaulé par d’excellents acteurs (Xavier Lafitte et Benoit Solès en tête).
Thierry Harcourt à la mise en scène trouve très vite le chemin de l’émotion, de la réflexion, caressant les fêlures de ce poète désigné à la vindique publique pour actes outrageant la décence et opinions subversives.
« Il n’y a pas de livre moral ou immoral, il n’y a que des livre bien ou mal écrits », répliquait Oscar Wilde.
Télérama – 22 décembre -
OUTAGE AUX MŒURS.
De Moïsès Kaufman, mise en scène de Thierry Harcourt. Duréée 2h15.
Il y a un siècle, Oscar Wilde mourait à 46 ans, après avoir écopé de deux anx de travaux forcés pour homosexualité.Mêlant extraits de biographie et articles de presse aux paroles des accusateurs, des aficionados et d’un accusé qui perd peu à peu de sa superbe, la pièce – adaptée avec ingéniosité par Jean-Marie Besset – en dit long sur les manœuvres opaques de l’establishment victorien. Un peu terne au début, le spectacle prend tournure dès que la situation se gâte. Emmanuel Dechartre campe un très plausible Oscar Wilde. Signalons, parmi ses partenaires, Xavier Lafitte et Benoit Solès, deux jeunes au jeu acide et précis. J.S.